Coline Sénac et Amaia Nerea Aizpuru Arrillaga
MARDI 13 MAI — 14:05 à 14:20
Dans le cadre de cette conférence, nous examinons les pratiques de gestion et de communication mobilisées par les organisations du Pays basque Nord pour mener diverses luttes politiques, écologiques et sociales, en les analysant à travers le prisme des communs. Ces organisations, telles qu’Euskal Herria Zuzenean, Alda, Bizi, Alternatiba, Lurrama, Eusko et Bake Bidea élaborent des approches « alternatives » qu’elles intègrent dans leurs pratiques autour d’un projet de souveraineté nationale basque.
Cette recherche, qui commence par des entrevues qualitatives, vise à comprendre comment les fondateurs, porte-paroles et bénévoles de ces organisations de transition sociale, politique et écologique construisent une vision collective de cette « alternativité » qui influence leurs engagements et leurs pratiques, en raison de leur volonté d’atteindre des objectifs politiques communs.
En nous appuyant sur des travaux relatifs aux réseaux informels en gestion et à la création de connaissances en communication organisationnelle, nous démontrons que ces organisations du Pays basque Nord mobilisent des réseaux et des savoirs informels – comme respectivement les cuisines collectives et l’échange d’expériences – pour renforcer la mobilisation sociale et politique autour de discours sur la souveraineté nationale. Fait étonnant : pour envisager ces communs, elles ajustent leurs discours en fonction de leur public cible ; par exemple, les bascophones interprètent des discours cachés qui sont traduits différemment pour ceux et celles qui ne parlent pas basque.
Les résultats de cette recherche révèlent ainsi que ces organisations ouvrent une voie alternative en concevant des communs à travers le tissage des réseaux informels, des savoirs et de multiples discours favorisant progressivement la concrétisation d’un projet de souveraineté politique au Pays basque Nord.
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Coline Sénac est professeure en communication au Département Sciences humaines, Lettres et Communication de l’Université TELUQ. Ses recherches portent sur les approches critiques de la communication organisationnelle, où elle explore les pratiques alternatives de connaissance et d’engagement au sein des organisations. En 2023, elle a codirigé La Communication Organisante (PUQ).
Avec une maîtrise en philosophie et des années d’expérience comme entraîneuse sportive, Amaia Nerea Aizpuru Arrillaga, d’origine basque, vit actuellement à Montréal et est doctorante en sociologie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Ses recherches portent sur l’empowerment des femmes à travers le sport et le corps, tout en intégrant le travail avec l’image et le documentaire ethnographique. Sa thèse, intitulée Femmes en performance : Analyse socio-ethnographique et féministe de la pratique des CrossFitters amateurs à Bilbao et à Montréal, sera le premier projet de recherche-création présenté au département de sociologie de l’UQAM.