Hélène Legault
MARDI 13 MAI — 9:30 à 9:45
Mobilisation 6600 est un regroupement citoyen qui mène une lutte territoriale depuis 2016 contre l’entreprise industrialo-portuaire Ray-Mont Logistiques et pour la préservation de la friche Assomption Sud, un vaste espace postindustriel végétalisé à l’est de Montréal, dans un quartier pollué et défavorisé. Les enjeux de ce combat se situent au croisement de plusieurs revendications : pour le droit à la ville (Harvey, 2015), pour la défense des communs urbains (Durand Folco, 2017) et pour la justice environnementale (Van Neste et al., 2023).
C’est le temps de veille de cette friche (Ambrosino et Andres, 2008), laissée à l’abandon depuis le milieu des années 1990, qui a permis son appropriation par les gens du quartier jusqu’à en faire un espace public informel. On y promène son chien, on observe la faune et la flore, on s’adonne à des sports, on participe à des soirées festives, et on l’habite, souvent dans des abris de fortune. L’espace étant un « lieu pratiqué », ce sont les pratiques qui le produisent : il y a donc « autant d’espaces que d’expériences spatiales » (Certeau, 1990, p. 173‑174). Devant la multiplicité des usages et, par conséquent, des espaces imaginés (Lepage et Miron, 2019), comment mobiliser pour la conservation de la friche en préservant son caractère indéterminé ?
L’opposition citoyenne a déjà permis de sauver de la requalification industrielle environ 1 million de pieds carrés de ce territoire qui en compte 3,5 millions. Dans ce processus, Mobilisation 6600 a fait appel à un riche répertoire d’actions collectives (Tilly, 2006), à des stratégies de communication militante (Ferron, 2024) et des pratiques de communage (Harvey, 2015). De quelles manières cet assemblage de praxis participe-t-il à la création d’une identité rassembleuse pour la friche ?
Résidente du quartier et militante pour la protection de ce terrain vague, c’est avec un regard croisé d’activiste et de chercheuse (Doll et al., 2024), que je propose une incursion dans le combat de cette communauté.
Ambrosino, C. et Andres, L. (2008). Friches en ville : du temps de veille aux politiques de l’espace. Espaces et sociétés, 134(3), 37‑51. https://doi.org/10.3917/esp.134.0037
Certeau, M. de. (1990). L’invention du quotidien : 1. Arts de faire (Nouvelle édition). Gallimard.
Doll, A., Bisaillon, L. et Walby, K. (dir.). (2024). Political Activist Ethnography: Studies in the Social Relations of Struggle (1 st ed). Athabasca University Press.
Durand Folco, J. (2017). À nous la ville ! traité de municipalisme. Écosociété.
Ferron, B. (2024). La communication des mouvements sociaux : pratiques militantes et stratégies médiatiques. Armand Colin.
Harvey, D. (2015). Villes rebelles : du droit à la ville à la révolution urbaine (O. Demange, trad.). Buchet-Chastel.
Lepage, É. et Miron, I. (dir.). (2019). Imaginaire du terrain vague (Les Éditions d’art le Sabord).
Tilly, C. (2006). Regimes and repertoires. University of Chicago Press.
Van Neste, S. L., El Guerrab, Z., Audet, R. et Madénian, H. (2023). Mobilisations et pratiques pour la « justice climatique ». Luttes locales et luttes urbaines. Dans P. Dufour, L. Bherer et G. Pagé (dir.), Le Québec en mouvements (p. 39‑58). Les Presses de l’Université de Montréal.
Hélène Legault est candidate au doctorat en communication de l’UQAM. Elle cumule un long parcours dans les milieux culturels, institutionnels et contreculturels, montréalais. Ses recherches à la maitrise portaient sur les médias alternatifs et la relation entre profanes et expert·es dans la production des contenus médiatiques. Dans le cadre de son doctorat, elle s’intéresse à l’expression du médiactivisme et de l’artivisme dans l’évolution de la communication militante au Québec à partir de l’expérience de Mobilisation 6600— Parc-Nature-MHM. Elle est membre de l’Atelier de chronotopies urbaines (ACU-UQAM) où elle participe à différents projets de recherche.