Anne-Charlotte Leandri
LUNDI 12 MAI — 11:20 à 11:35
A Terra di u Cumunu : une référence au mode d’occupation et d’exploitation de terres, alors que la Corse est sous domination de la République de Gênes. Les Communautés de montagne, pour qui transhumance, pastoralisme et vie semi-nomade concrétisèrent le modèle social généralisé, appliquaient la mise en commun des terres. La coutume est la principale source de droit.
Le Fium’Orbu a été le témoin de cette mise en commun par une profonde tradition agro-pastorale. Le hameau de Ania semble être le dernier exemple local qui aurait conservé une tradition communautaire, au regard de ce qui est considéré comme une large indivision par les habitants. Le mode d’occupation, de gestion et de transmission semble avoir été tacite. La terre appropriée par les individus était rendue à la communauté lorsque l’exploitation prenait fin.
Le XVIIIème siècle, avec l’adjonction de la Corse au Royaume de France, amorce une assimilation du système régalien, en opposition au droit coutumier. Le XIXème siècle limite les modes d’usage ancestraux. Les terres « propriété de France », ne peuvent plus être librement accessibles pour les bergers. Parallèlement, des actes notariés indiquent que les chefs des familles de Ania reconnaissent un droit de propriété commun pour préserver la Communauté.
L’espace concerne à ce jour plusieurs centaines d’hectares, mais n’est qu’une fraction de l’espace communautaire originel. La période contemporaine n’occupe plus « l’indivi » que pour la propriété privée. Les derniers descendants des chefs de familles ont pour partie récupéré des parcelles pour leur foyer, ce qui implique de les retirer des terres communes. Le partage des terres est presque complètement abandonné. L’actuelle proposition vise à approfondir les questions relatives à cette dernière « terre commune » au regard d’une étude cartographique tripartite, pour indiquer l’amoindrissement progressif de ces espaces communs.
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Anne-Charlotte LEANDRI est doctorante en troisième année, en anthropologie, langue et
culture régionale, au sein de l’UMR CNRS 6240 LISA, sous la direction du Professeur
Don-Mathieu SANTINI, directeur de la Fédération de Recherche Environnement et Société
(CNRS / Université de Corse / INRAE), et de Monsieur Christophe LUZI, Ingénieur de
recherche au CNRS, Habilité à Diriger des Recherches. Diplômée de la Sorbonne, elle
travaille principalement sur les évolutions du territoire et leur interconnexion avec l’Homme,
à la fois objet et sujet des mutations territoriales.