Alioune Dème
LUNDI 12 MAI —11:05 à 11:20
Les plaines d’inondation sont des lieux classiques d’investigation sur la complexité sociale. Ce sont des endroits particulièrement propices aux tests théoriques en raison de leurs caractéristiques communes de sols riches, d’un accès à l’eau facilement monopolisable (encourageant le contrôle du pouvoir) et de populations potentiellement denses (facilitant l’émergence d’institutions).
Des zones comme la Moyenne Vallée du Sénégal sont très avantageuses pour les populations à la recherche de zones écologiques humides adaptées à leurs activités de subsistance. En effet, contrairement à ses environs qui n’offrent qu’une seule saison de culture, la Moyenne Vallée du Sénégal offre deux saisons de culture : l’une pendant la saison des pluies, et la seconde lors du retrait progressif de la crue.
L’exploitation de la crue annuelle par ces différents groupes oriente le système de subsistance régional de manière saisonnière. Pendant la saison des pluies, les agriculteurs (qui exploitent les bassins) se déplacent entre les hauts plateaux et la plaine inondable, tandis que les éleveurs occupent les hautes terres du jeri ; les pêcheurs se déplacent au sein du walo (plaine d’inondation) pour suivre la migration des poissons. Pendant la saison sèche, les pêcheurs retournent dans leurs campements fluvio-deltaïques pour exercer leurs activités, tandis que les éleveurs se déplacent vers la plaine inondable pour faire paître leurs animaux dans les bassins.
L’eau était gérée comme un bien commun et faisait l’objet de médiation par les systèmes sociaux et culturels consolidés par les dictons, les proverbes, des plaisanteries, les chansons, les totems, les règles religieux et le pouvoir symbolique reconnu à chaque leader de groupe spécialisée. Le calendrier des activités est soutenu par un réseau de relations. Ce réseau présuppose l’existence d’un code de réciprocité socio-économique, des codes symboliques qui justifient un monopole reconnu sur certaines activités pendant certaines périodes de l’année. Le calendrier des activités est fixé après accord entre les responsables de chaque groupe de subsistance.
Boutillier J.L. 1962 La Moyenne Vallée du Sénégal; étude socio-économique. Ministère de la Coopération (République française), I.N.S.E.E., Service de Coopération.
Bouillier, J.L., and Schmitz, J.1987 « Gestion traditionnelle des terres (système de décrue /système pluvial) et transition vers l’irrigation ». Cahiers des Sciences Humaines, XXIII (3-4): 533-554.
Dème, A. 2003: Archaeological Investigations of Settlement and Emerging Complexity in the Middle Senegal Valley. PH.D. Thesis, Rice University
McIntosh, S.K 1999a (editor) Beyond Chiefdoms: Pathways to complexity in Africa. Cambridge University Press, Cambridge.
Schmitz, J.1986 L’Etat géomètre: les leydi des peuls du Fuuta Tooro (Sénégal) et du Maasina (Mali). Cahiers d’études africaines. 26 (103): 349-394.
-1994 Cités noires: les républiques villageoises du Futa Tooro (vallée du fleuve Sénégal). Cahiers d’études africaines. 34 (133-135): 419-460.
Professeur Alioune Dème a obtenu son Ph.D en Archéologie à la Rice University (Houston, Texas, USA). Il est présentement Professeur Assimilé en Archéologie Médiévale et Responsable du Laboratoire de Préhistoire Ibnou Diagne au Département d’Histoire, Faculté des Lettres et Sciences Humaines, de l’Université Cheikh Anta Diop. La grande partie des recherches de Professeur Alioune Dème se concentre sur la Moyenne Vallée du Fleuve Sénégal et sur le Delta du Saloum. Professeur Alioune Dème a produit plusieurs publications sur l’archéologie, les peuples de l’eau, le paysage culturel maritime, la métallurgie, le paléo-environnement, la formation de l’état, le patrimoine et la génétique des populations de l’Afrique de l’Ouest.