Lamine Touré
LUNDI 12 MAI — 11:20 à 11:35
L’organisation sociale fondée sur les croyances locales, le consensus commun, la sacralité de la parole des anciens (Touré, 2022) a longtemps servi d’institution protectrice des communs en Afrique en générale et au Sénégal en particulier (Touré et al., 2024). La société, la nature(Garine,et al., 2014), l’environnement écologique ont longtemps été protégés par des institutions telles que le « Kankurang » (chez les Manding), le nieyniey (interdit) chez les Joola de Casamance (Diallo, 2010, Diédhiou 2019). Or, l’on constate que ces croyances, institutionnalisées localement dans des pratiques portées, entre autres, par le Kankurang en milieu Manding, subissent aujourd’hui de profondes détériorations au gré des processus de changement social induit par la modernité (Touré et al., 2024). Se pose alors la problématique de la sauvegarde de ces communs institutionnels et des biens communs dont ils sont les portes garantes.
Cette proposition de communication, inscrite dans le premier axe, entend saisir cette problématique à partir de l’anthropologie dynamique (Dozon, 2005 ; Amselle et al., 2018) fondée sur la méthode qualitative avec des entretiens et des observations de terrain dans les villages en milieu manding avec les personnes désignées responsables de ces institutions, avec tous ceux ayant été socialisés sous leur marque. Les personnes en ville qui adoptent ces institutions dans le cadre de leurs différents événements seront également interrogées ainsi que les autorités étatiques et coutumiers au Sénégal sur ces questions dans la perspective de mieux définir les politiques publiques intégrant les communs pour leur pleine participation aux changements dans les secteurs de la culture, des médias et de l’information à travers l’extrapolation des résultats de cette étude à d’autres réalités similaires au Sénégal.
Dozon, J-P., (2005), « Les Bété : une création coloniale », in Amselle J-L. et M’Bokolo E., Au cœur de l’ethnie. Ethnies, tribalisme et État en Afrique, La Poche, Paris, (1984) 2005).
Diédhiou P., (2019), « La notion de crime de sang et le rôle de la guerre dans la construction de l’identité joola », Cahiers d’études africaines, 233 | 2019, Varia.
Raimond C., Robert T. et Garine E., (dir.), (2014), Frontières des hommes, frontières des plantes cultivées: des territoires de l’agro-diversité, Les Cahiers d’Outre-Mer, 265.
Touré L.,2022, Étude des valeurs chez les Manding de Casamance (au sud du Sénégal) : enquête réalisée à partir des chants, Thèse de doctorat unique, soutenue publiquement le 1 avril 2022 à l’Université Assane Seck de Ziguinchor.
Touré L., Dia M. M., (2024), « La mémoire collective autour du Kankurang : entre changement social, quête identitaire et procès judiciaire en Casamance », In Mouhamadou Moustapha Dieye, Enseignement et pratique de la sociologie au Sénégal : trajectoires et défis, Actes du colloque sur la sociologie au Sénégal, Société Sénégalaise d’anthropologie et de sociologie, Numéro 1, Février 2024, p. 145-165, L’Harmattan, Sénégal.
Diagne S. B. et Amselle J-L., (2018), En quête d’Afrique(s). Universalisme et pensée décoloniale, Paris, Éditions Albin Michel, coll. « Itinéraires du savoir ».
Docteur en sociologie de l’Université Assane Seck de Ziguinchor (Sénégal), Lamine Touré travaille actuellement sur des questions portant sur la mémoire collective, le patrimoine, l’identité, le changement social, les logiques d’organisation des communautés africaines, l’art et l’éducation. Il est membre du Laboratoire de Recherche en Sciences Economiques et Sociales de l’Université Assane Seck de Ziguinchor.