Colloque international
Montréal – 12, 13 et 14 mai 2025

Mirjam Gollmitzer

MERCREDI 14 MAI — 10:55 à 11:10

S’organiser différemment mais non tout seul : l’expérience complexe du travail dans des coopératives médiatiques au Canada, en France et en Écosse 

Cette étude qualitative en cours examine les expériences des personnes qui travaillent pour des organisations de presse en marge des systèmes médiatiques : les coopératives de journalisme.  

Les entreprises coopératives limitent l’influence des investisseurs externes et sont plutôt détenues et autogérées par leurs membres (travailleurs, consommateurs ou les deux) qui prennent collectivement des décisions selon le principe strictement démocratique d’un membre, une voix. Comme les sociétés d’entraide ou les organisations à but non lucratif, les coopératives font partie de l’économie sociale, fournissant des biens ou services « tout en poursuivant des objectifs à la fois économiques et sociaux et en favorisant la solidarité » (International Labour Organization).  

Tout cela semble faire des coopératives un modèle organisationnel particulièrement approprié et prometteur pour l’institution du journalisme actuellement en crise. Ma communication présente alors des résultats d’entretiens de recherche avec six participants actifs dans des coopératives de journalisme au Canada, en Écosse et en France. Ils et elles travaillent – contre rémunération ou comme bénévoles, à temps plein ou à temps partiel –en tant que journaliste, rédacteur, assistant administratif, distributeur, trésorier, responsable des ressources humaines, etc., combinant et maitrisant quelquefois deux ou plusieurs de ces rôles à la fois. Ce n’est qu’une des différences qui est apparue par rapport aux médias grand public avec leurs hiérarchies et rôles clairement définis. 

Plus important encore, en l’absence d’un propriétaire traditionnel et d’un patron, l’autonomie de travail dans les coopératives de journalisme est vécue comme extrêmement gratifiante par tous les participants interviewés. Cependant, les personnes qui gèrent collectivement les coopératives sont confrontées à des tensions permanentes nées du désir d’être différentes mais de devoir rivaliser avec les médias capitalistes. Ces travailleurs doivent également faire face à un manque de sensibilisation du public à l’égard des coopératives et à des politiques gouvernementales insuffisantes ou inefficaces pour de telles entreprises. 

Selon cette recherche, un contre-feu potentiel pour répondre à ces problèmes sont les réseaux d’entraide informels, soigneusement entretenu par chaque coopérative étudiée, composés d’organisations de l’économie sociale, de projets de recherche universitaires, de syndicats et d’autres partenaires fournissant des soutiens moraux, administratifs ou financiers.  


Mirjam Gollmitzer est professeure agrégée au département de communication de l’Université de Montréal. Elle s’intéresse aux conditions de travail et aux pratiques d’entraide des journalistes pigistes. Elle explore également les coopératives médiatiques comme organisations médiatiques alternatives et comme éléments potentiels d’un avenir au-delà du capitalisme. 

À propos

Le colloque est organisé par le Centre de recherche interuniversitaire sur la communication, l'information et la société (CRICIS)