Nikolai Vokuev
MERCREDI 14 MAI — 10:00 à 10:15
En 2011, la Russie a connu la plus grande mobilisation politique de son histoire post-soviétique. Les manifestations de masse ont été déclenchées par la décision du Premier ministre Vladimir Poutine de se représenter à l’élection présidentielle, et ensuite par la révélation de nombreuses fraudes lors des élections parlementaires. Revenu à la présidence, Poutine et son appareil politique et législatif ont répondu aux protestations en renforçant leur contrôle sur les médias (en particulier Internet) et la production culturelle et en mettant en œuvre une politique culturelle néo-traditionaliste. C’est dans ce contexte que sont apparus des nouveaux médias culturels en Russie. Certains d’entre eux ont adopté une orientation éducative et ont privilégié la vulgarisation des sciences humaines. Lancés par d’anciens participants aux manifestations anti-Poutine, ces médias (Arzamas.academy, Polka.academy, etc.) ont remis en question l’interprétation hégémonique des canons culturels imposés par l’État et ont tenté de « construire des ponts » dans une société divisée à l’aide de la culture et des sciences humaines. D’autres médias, manifestement plus politisés, ont cherché à s’affranchir de l’État et du marché, en expérimentant avec des formes alternatives de financement (Colta.ru) et d’organisation de la production de textes sur la culture (Syg.ma, Discours.io). Cette étude, basée sur une observation à long terme des changements dans la sphère publique russe et sur des entretiens avec des journalistes et des éditeurs, examine ces deux types de médias culturels sous l’angle du concept de communs culturels et de la théorie politique du commun.
Né dans la République des Komis (Russie), Nikolai Vokuev a travaillé comme journaliste et rédacteur dans des médias régionaux de 2008 à 2013, couvrant des événements politiques et culturels. En 2013, il a soutenu sa thèse et a travaillé pendant huit ans comme professeur d’études culturelles dans une université russe. Depuis 2021, il vit au Québec et rédige sa deuxième thèse au doctorat en communication sociale de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Son sujet porte sur la politisation du journalisme culturel dans la Russie de Poutine.