Homo Ludens
MERCREDI 14 MAI : 14h35-14h50
Pour Hartmut Rosa, le bien commun est « compris comme un processus démocratique réussi, [il] doit être considéré comme une relation de résonance, c’est-à-dire comme une relation fondée sur la capacité, la volonté et la pratique d’écouter et de répondre d’une manière a) autotransformatrice ; et b) imprévisible et ouverte » (2016, l’auteur souligne). La résonance est, pour le philosophe, une réponse à l’accélération sociale (Rosa, 2013) et ne se pense qu’en ralentissant, pour créer une rupture avec le capitalisme. Résonner implique ainsi d’entrer en rapport avec l’indisponibilité du monde (Rosa 2016; 2021) et de se laisser affecter par ce non-contrôle sur celui-ci. Ces caractéristiques de la relation de résonance partagent des parentés avec l’expérience du jeu, considéré comme cette « perte de temps » (Weber, 1904) où l’on s’impose des règles factices à l’issue incertaine pour jouer avec l’Autre. Aucun jeu ne se pratique seul (Caillois, 1958) : jouer est nécessairement la mise en commun, voire la communication avec les autres et la pratique du peut être transformatrice, imprévisible et ouverte (Fink, 1960; Henriot, 1989). Dans ce contexte, comment le jeu peut-il devenir un axe de résonance menant au bien commun? Cette question animera cette communication en considérant le jeu comme un facilitateur de résonance grâce à une mise en relation commune, la création d’un autre monde possible et la pratique éthique de l’action politique (Freire, 1968a; 1968b) dans cet autre « espace public ». L’hypothèse soulevée est que le jeu ainsi décrit réunirait les conditions de possibilité pour créer un effet de communauté ou une relation de résonance nécessaire au bien commun et à une nouvelle organisation sociale (Dardot et Laval, 2014). Afin d’en faire la démonstration, un modèle théorique sera présenté ainsi que des cas d’application et d’illustration en lien avec les jeux.
Caillois, R. ([1958] 1992). Les jeux et les hommes, Gallimard.
Dardot P. et C. Laval (2014). Commun. Essai sur la révolution du XXIe siècle, La Découverte.
Fink, E. (1965 [1960]). Le jeu comme symbole du monde. Minuit.
Freire, P. ([1968a] 2021). La Pédagogie des opprimé(e)s, Rue Dorion.
Freire, P. ([1968b] 1971). L’éducation : pratique de la liberté. Cerf.
Henriot, J. (1989). Sous couleur de jouer : la métaphore ludique, José Corti.
Rosa, H. ([2016] 2021). Résonance. Une sociologie de la relation au monde, La Découverte.
Rosa, H. (2021). Remède à l’accélération : impressions d’un voyage en Chine et autres textes sur la résonance, Flammarion.
Rosa, H. ([2013] 2014). Aliénation et accélération : vers une théorie critique de la modernité tardive, La Découverte.
Weber, M. ([1904-1905] 2017). L’Éthique protestante et l’Esprit du capitalisme, Flammarion.
Tirant son nom du célèbre ouvrage de Johan Huizinga (1938), le groupe de recherche Homo Ludens se consacre à l’étude du jeu en sciences sociales, notamment en communication et en sémiotique. Logé à l’Université du Québec à Montréal, le groupe est constitué de personnes à la maîtrise, au doctorat, au postdoctorat ou issues du corps professoral de diverses disciplines. Signant collectivement des articles et communications, le groupe se veut promoteur d’une recherche en commun, qu’elle soit empirique, théorique, créative ou participative. Chaque année, une thématique est collectivement choisie et plusieurs équipes de travail proposent divers projets avec comme leitmotiv de demeurer un laboratoire d’idées. Homo Ludens est aussi un relai pour les activités étudiantes en étude du jeu comme le colloque En/jeux et la plateforme de vulgarisation Vectis.ca.