Colloque international
Montréal – 12, 13 et 14 mai 2025

Roland-Yves Carignan

MERCREDI 14 MAI : 9h45 – 10h00

Le journalisme à l’heure d’un choix :  l’IA de plateforme ou l’intérêt commun 

Internet a émergé dans un contexte prônant la décentralisation et l’accès libre aux savoirs. Pourtant, la montée en puissance des grandes plateformes numériques a conduit à une « enclosure » (Schoechle, 2009), c’est-à-dire une réduction du domaine des pratiques collectives tournées vers l’intérêt général. La « plateformisation » des échanges a permis à un oligopole d’entreprises de structurer la circulation des informations et de privatiser la production du savoir, soulevant des enjeux de contrôle et de dépendance.  

Le journalisme, pourtant rouage de la construction politique et sociale (Delforce, 2004), se retrouve intrinsèquement lié à ces infrastructures (Simon, 2024) et n’échappe pas à une « capture » technologique (Pickard, 2019) qui affecte son indépendance. Les GAFAM sont en effet impliqués dans la diffusion des contenus, l’analyse des audiences, le stockage des données et même le financement des entreprises. Avec l’essor de l’IA générative, leur emprise s’étend à la production de l’information, en imposant des outils de transcription, de recherche et d’automatisation qui poussent à la standardisation.  

Or, l’IA est incapable de générer des informations inédites ou de couvrir l’actualité en temps réel : elle ne peut remplacer les journalistes et elle en a donc besoin. Face à ce constat, le journalisme doit choisir entre une soumission aux plateformes capitalistiques pour faire fonctionner leur IA — rejoignant ainsi l’économie du « digital labor » (Casilli, 2020) — ou une réappropriation de ses outils et pratiques, à mettre en commun au nom de l’intérêt général. 

Après avoir décrit la capture de la circulation et de la production de l’information journalistique par les plateformes, nous considérerons certaines alternatives — bases de données journalistiques ouvertes, IA open source, plateformes collaboratives, etc. Ces initiatives pourraient contribuer à recentrer le journalisme sur l’intérêt commun et préserver son indépendance face aux infrastructures des GAFAM. 

Bibliographie

CARIGNAN, Roland-Yves, et MONDOUX, André (2021). Technique et crise : l’impact de l’intelligence artificielle sur les dimensions sociopolitiques du journalisme. Les Cahiers du journalisme – Recherches, vol. 2, n°7, p. R91-R110. 

CASILLI, Antonio A (2019). En attendant les robots. Enquête sur le travail du clic, Le Seuil, Paris, 400 p. 

DELFORCE, Bernard (2004). Le constructivisme: une approche pertinente du journalisme ?, Questions de communication, 6, p. 111-134. 

LE CROSNIER, Hervé (2018). Communs numériques et communs de la connaissance, tic&société, vol. 12, n° 1, p. 1-12. 

MHALLA, Asma (2024). Technopolitique : Comment la technologie fait e nous des soldats, Seuil, Paris, 220 p. 

ÖRNEBRING, Henrik (2010). Technology and journalism-as-labour: Historical perspectives, Journalism, 11(1), p. 57-74. 

PICKARD, Victor (2019). The violence of the market, Journalism, 20(1), p. 154-158. 

SCHOECHLE, Timothy (2003). Digital enclosure: the privatization of standards and standardization. Actes de conference: Standardization and Innovation in Information Technology, Delft, Pays-Bas, p. 229-240. 

SIMON, Felix M (2024). Artificial Intelligence in the News: How AI Retools, Rationalizes, and Reshapes Journalism and the Public Arena, Tow Center for Digital Journalism, Columbia University, 46 p. 


Roland-Yves Carignan est professeur aux programmes de Journalisme et de Médias numériques et société à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal. Il est également directeur du programme de baccalauréat en Journalisme. Ses travaux explorent les effets des technologies numériques, des données massives et de l’intelligence artificielle sur le journalisme en tant que pratique professionnelle et en tant que rouage du fonctionnement démocratique. Il a occupé divers postes journalistiques au sein de salles de presse, en particulier liés à l’édition et la direction de l’information dans des journaux montréalais (Le Devoir, Montreal Gazette), torontois (National Post) et parisien (Libération). 

À propos

Le colloque est organisé par le Centre de recherche interuniversitaire sur la communication, l'information et la société (CRICIS)