Jacob Matthews
LUNDI 12 MAI— 15:55 à 16:10
Ma contribution s’appuie sur des recherches menées sur le développement de plateformes Web3 dans les industries de la culture et de la communication (ICC). Comme le souligne Silvia Semenzin, on observe une inflation de discours présentant la technologie des chaines de blocs comme moyen de « renforcer la société civile et consolider des éléments tels que les biens communs publics et sociaux, tout en ouvrant des paradigmes de collaboration nouveaux ou revitalisés et d’autres moyens de générer et de distribuer de la valeur » (Semezin, 2023 : 2). Ceci est particulièrement juste dans le cas de plateformes et applications Web3 dans les ICC, même si leurs usages restent encore relativement confidentiels.
Les discours des acteurs du Web3 évoquent fréquemment un retour aux origines collectivistes de l’Internet. La conception de « biens publics » peut laisser croire à une affiliation avec l’esprit et la pratique des communs, renvoyant à la définition de William Oakland. Je montrerai tout d’abord qu’il existe trois contradictions essentielles entre la technologie des chaines de blocs et les principes des communs.
Ma présentation permettra en outre de déconstruire la promesse du self custody (notion difficile à traduire, entre auto-détermination et auto-détention) qui caractérise la pratique du Web3, pour montrer en quoi celle-ci offre une illusion de réappropriation, et un réel renforcement de la propriété privée.
Troisièmement, ma contribution offrira une analyse critique de la manière dont le référentiel des communs est décliné dans un nombre significatif de rapports institutionnels (UE, Unesco, Institut Montaigne, etc.), mais également par des chercheurs issus de différents champs disciplinaires, qui avancent l’hypothèse d’une fusion entre les communs et le marché, dans le cadre du Web3, ou encore celle d’une crypto-finance prenant la forme de « nouveaux communs culturels ».
Jacob Matthews est professeur de sciences de l’information et de la communication à l’Université Paris 8. Ancien directeur du laboratoire Cemti, fondé par Armand Mattelart en 2000, il est aujourd’hui chercheur au sein de l’équipe Labsic de l’Université Sorbonne Paris Nord. Inspirées par la théorie critique et l’économie politique de la communication, ses recherches ont contribué à la socio-économie du web et des ICC. Il a également travaillé sur la production idéologique et le leadership dans les mouvements contestataires. Jacob Matthews dirige actuellement Platblock, un programme de recherche financé par le Labex ICCA sur les transformations générées au sein des ICC par les acteurs développant des plateformes et applications Web3.