Colloque international
Montréal – 12, 13 et 14 mai 2025

Moustapha NGAIDO

LUNDI 12 MAI — 11:35 à 12:50

Les Commons dans la loi no 64-46 du 17 juin 1964 relative au domaine national 

Au Sénégal, la gouvernance foncière se caractérise par un dualisme entre le système introduit par le colonisateur orienté vers la consécration de la propriété individuelle privée et le droit foncier coutumier qui instaure une gestion familiale, communautaire ou villageoise des terres. Après l’accès à l’indépendance, le 04 avril 1960, le système foncier reprend les catégories juridiques foncières classiques avec le Code du domaine de l’Etat et ses textes d’application et la loi portant régime de la propriété foncière. Cette dernière catégorie étant en adéquation avec la « Tragédie des biens communs » de Garrett Hardin. Toutefois, une innovation majeure a été introduite avec la loi no 64-46 du 17 juin 1964 relative au domaine national. Cette loi foncière qui est la plus vieille dans toute l’Afrique francophone a permis la mise en place d’un système foncier très original.   

Ladite loi comprend 17 articles et d’emblée en son article premier, elle précise son champ d’application, à savoir  : «…toutes les terres non classées dans le domaine public, celles qui ne sont pas immatriculées et celles dont la propriété n’a pas été transcrite à la conservation d’hypothèques(…) et qui n’ont pas fait l’objet d’une procédure d’immatriculation au nom d’une personne autre que l’Etat ». A travers cette loi, l’Etat devient le gestionnaire des terres, à la place des maîtres de la terre  et les zones de terroirs sont créées. Il s’agissait avec les zones de terroirs d’instaurer des terres communes régies par les principes de liberté et de gratuité.  La loi sur le domaine national sera complétée avec la loi no 72-25 du 19 avril 1972 relative aux communautés rurales qui étend la décentralisation en milieu rural. 

Mais, cette conception initiale est remise en cause depuis quelques décennies à travers la généralisation de l’immatriculation des terres du domaine national dont le statut juridique est modifié, le développement de l’agro-business et les politiques publiques foncières en gestion. 

Aujourd’hui, il ne fait aucun doute que la loi no 64-46 du 17 juin relative au domaine national n’est plus adaptée aux nouveaux enjeux, mais la sécurisation foncière passe-t-elle nécessairement par la généralisation de l’appropriation privée ? 

Bibliographie

M. Caverivière et M. Debène (1989), Foncier des villes, foncier des champs (Rupture et continuité du système foncier sénégalais), Revue internationale de droit comparé, Vol. 41 n°3, Juillet-septembre, pp. 617-636 ; 

M. Caverivière et M. Debène (1988), Le Droit foncier sénégalais. Paris, Berger-Levrault, Coll. Mondes en devenir, série « Manuels B.L. », 312 p.  

A. Dièye, Domanialité nationale et développement : l’exemple du Sénégal(2003), Thèse en Droit public, Faculté des Sciences Juridiques et Politiques, Université Cheikh Anta Diop de Dakar,  

A. Dièye (2012), Le droit foncier sénégalais entre continuités et ruptures, Bulletin d’Information de la Cour suprême, novembre ; 

G.A. Kouassigan (1966), L’homme et la terre, Paris, Office de la recherche scientifique et technique outre-mer et Berger-Levrault, 1966, 284 p. ; 

J. Leca  (2012), L’État entre politics, policies et polity, ou peut-on sortir du triangle des Bermudes ? Gouvernement et action publique,vol. 1, n° 1, pp. 59-82 ; 

B. Moleur(1978), Le droit de propriété sur le sol au Sénégal. Analyse historique du XVIIème siècle à l’indépendance, Thèse de doctorat d’Etat en Droit de la Faculté des Sciences juridiques et Politiques l’Université de Dijon ; 

M. Ngaidé (1999), Droit public et développement durable : l’exemple de l’agriculture sénégalaise, Thèse d’Etat en Droit public, FSJP-UCAD de Dakar ;   

L.-S. Senghor (1964), Extraits, conférence à Strasbourg, 20 mai ;    


M. Moustapha NGAIDO est Maître de Conférences en Droit public à la Faculté des Sciences juridiques et Politiques(FSJP) de l’Université Cheikh Anta Diop où il exerce depuis plus de trente ans. Il s’est spécialisé en droit administratif, en droit de l’environnement et en droit foncier. Il intervient aussi comme consultant en évaluation environnementale auprès d’institutions publiques et privées depuis plusieurs années.  

À propos

Le colloque est organisé par le Centre de recherche interuniversitaire sur la communication, l'information et la société (CRICIS)